La saison dernière, en demi-finale, une improvisation de 17
minutes entre Patrice Coquereau et Simon Boudreau (Un visage intéressant) a fait
les délices des spectateurs et valait à elle seule le déplacement, d'après les
témoignages entendus. On en parle encore; c'est tout dire !
Plus de neuf mille impros différentes ont été jouées, à ce
jour, dans les matchs consignés de la LNI. La majorité d'entre elles n'ont
laissé aucune trace dans nos souvenirs tout simplement parce qu'elles ne
méritaient pas de s'y installer, parce qu'elles n'étaient pas un
moment théâtral lorsqu'elles ont été créées. C'est tout à fait
normal. On ne peut pas exiger que toutes les improvisations le
soient.
La durée d'une improvisation influence directement son
"écriture" bien que les joueurs en jeu demeurent essentiellement responsables de
la qualité de cette écriture. Les impros de 3, 4 ou 5 minutes permettent
rarement de prendre le temps de bien écrire car les joueurs sont arrêtés dans
leur élan, tandis que les longues impros, celles qui deviennent des moments de
grâce, ne se mettent souvent en branle qu'après 3, 4 ou 5 minutes de flottement,
de négociation, de reconnaissance entre les protagonistes. Ce n'est qu'à partir
d'un certain moment qu'elles "décollent" pour nous amener au septième
ciel.
J'admets que lorsqu'elles ne décollent pas, c'est pénible
longtemps ! Les courtes mauvaises impros sont tout de même plus faciles à
supporter que les longues mauvaises impros parce qu'au moins on peut espérer en
voir la fin sans trop souffrir. Mais c'est là le prix à payer, le risque à
prendre pour avoir le privilège d'assister, à un moment donné, à la création
pure et spontanée d'un merveilleux moment de théâtre.