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L'impropos 2000-2001


De la durée des impros...

Qu'ont en commun les improvisations " Le banquet ",
" À nous deux ! ", " Le gendarme et l'enfant " et
" New York; réalité ou illusion " ? Ce sont toutes des improvisations qui entrent dans la catégorie des longues impros. Elles ont fait respectivement vingt, seize, douze et neuf minutes. De plus elles ont la particularité de faire partie des moments dont on se rappelle.


La saison dernière, en demi-finale, une improvisation de 17 minutes entre Patrice Coquereau et Simon Boudreau (Un visage intéressant) a fait les délices des spectateurs et valait à elle seule le déplacement, d'après les témoignages entendus. On en parle encore; c'est tout dire !

Plus de neuf mille impros différentes ont été jouées, à ce jour, dans les matchs consignés de la LNI. La majorité d'entre elles n'ont laissé aucune trace dans nos souvenirs tout simplement parce qu'elles ne méritaient pas de s'y installer, parce qu'elles n'étaient pas un  moment  théâtral lorsqu'elles ont été créées. C'est tout à fait normal. On ne peut pas exiger que toutes les improvisations le soient.

La durée d'une improvisation influence directement son "écriture" bien que les joueurs en jeu demeurent essentiellement responsables de la qualité de cette écriture. Les impros de 3, 4 ou 5 minutes permettent rarement de prendre le temps de bien écrire car les joueurs sont arrêtés dans leur élan, tandis que les longues impros, celles qui deviennent des moments de grâce, ne se mettent souvent en branle qu'après 3, 4 ou 5 minutes de flottement, de négociation, de reconnaissance entre les protagonistes. Ce n'est qu'à partir d'un certain moment qu'elles "décollent" pour nous amener au septième ciel.

J'admets que lorsqu'elles ne décollent pas, c'est pénible longtemps ! Les courtes mauvaises impros sont tout de même plus faciles à supporter que les longues mauvaises impros parce qu'au moins on peut espérer en voir la fin sans trop souffrir. Mais c'est là le prix à payer, le risque à prendre pour avoir le privilège d'assister, à un moment donné, à la création pure et spontanée d'un merveilleux moment de théâtre.


Les très courtes impros, celles de 30 secondes ou 1 minute, produisent souvent un tel effet lorsqu'elles sont bien amenées, bien punchées… bref, bien écrites. Elles sont comme les caricatures; lorsque bien réussies, elles valent souvent un long éditorial. En fait, elles sont des images, des flashs, des concepts qui, lorsqu'ils sont brillants, deviennent tout simplement de purs délices. Mais ce n'est pas facile de faire "court", il faut y mettre du temps disait en substance Sacha Guitry.
 

... et du nombre de joueurs

Mais revenons aux longues impros dont je parlais au début. Elles ont un autre point en commun : elles ont été jouées à 1 contre 1 (ou en solo dans le cas de la comparée de Robert Lepage). Même si annoncées sans limite de joueurs; tel ce fameux banquet qui réunissait, le 24 octobre 1980, Denis Bouchard et Robert Gravel aux deux extrémités d'une table faisant toute la longueur de la patinoire. Première réplique de Robert Gravel : « Les autres ne viendront pas ! » Le message était lancé et Denis Bouchard pouvait se détendre et jouir du moment. Il n'a plus jamais été le même après cette improvisation. De joueur ordinaire, il est devenu d'une redoutable assurance jusqu'à la fin de sa carrière d'improvisateur.

L'improvisation " À nous deux " réunissait deux joueurs français dans un moment pathétique du premier Mundial en 1985. En période supplémentaire, Éric Métayer a eu à se frotter à une Viviane Marcenaro résolument décidée. La fille a eu le dessus. À un point tel qu'il l'a épousée.


Mais que les longues improvisations soient disputées à deux joueurs plutôt qu'à plusieurs, il ne faut pas en faire un dogme. Un jour, je vous parlerai de " Histoire d'un village " mettant en scène les six joueurs d'une même équipe pendant douze minutes. Mais peut-être vous en souvenez-vous?

 

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