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L'impropos 2000-2001


Faire gagner l'impro...

Les joutes de la LNI ont pour effet de produire une compétition sportive qui se traduit par le positionnement des équipes dans un classement général. Avec pour conséquence que, cette saison, deux équipes joueront un match de plus que les deux autres et que l'une passera à la petite histoire en étant consacrée championne du moment. Mais est-ce là l'essence du spectacle?


Le vote!L'élément compétitif d'un tournoi d'improvisation donne toute la dimension ludique à ce jeu phénoménal et c'est là tout le génie de la formule mais cet aspect du jeu appartient au public et à lui seul. Car le public est souverain. Il fait et défait les équipes au gré de sa fantaisie. Il lui arrive, quoique pas systématiquement et en troisième période surtout, de voter non pas pour la meilleure impro mais pour le point afin d'égaliser le score, en vue de profiter d'une ultime impro supplémentaire. À ce moment là, les chiffres et statistiques prennent une connotation tout à fait relative. Mais puisque cela vaut pour tout le monde, l'équilibre se refait sur l'ensemble d'une saison.

Cependant on peut affirmer une chose: le public connaît "sa game". À prestation égale, il optera pour le score. Advenant une performance marquante des uns plutôt que des autres, il saura montrer sa reconnaissance. C'est pour cela que je ne crains pas d'affirmer que, pour le joueur, le principal adversaire n'est pas l'équipe d'en face mais bien le public.

Hormis le côté sportif du jeu, l'aspect purement théâtral demeure le seul qui résiste à l'usure du temps et qui s'inscrit dans la mémoire. Le moment de création entre deux coups de sifflets est tout ce qui reste une fois évaporé le contexte compétitif du moment.


La LNI à Radio-QuébecIl y a déjà eu une belle démonstration de ce phénomène, il y a quelques années, lorsque Radio-Québec a produit l'émission L'impro en rappel qui présentait, sous forme thématique, une sélection des meilleures improvisations diffusées dans le cadre de La Soirée de l'Impro. Une fois isolées du contexte de la joute, les improvisations prenaient toute la valeur de ce qu'elles sont réellement : de petits moments de théâtre parfois savoureux. Les "morceaux choisies" pour leur qualités intrinsèques d'écriture et de théâtralité révélèrent une étonnante constatation : plusieurs improvisations comparées perdantes s'avéraient plus pertinentes et plus intéressantes que la contrepartie gagnante.

Cela illustre bien que, plus que le besoin de marquer le point, la volonté de réussir une "belle" improvisation doit demeurer la principale motivation des joueurs. Et pour ce faire, le focus doit être mis sur l'interaction entre les acteurs en jeu et sur l'histoire qui se construit et non pas uniquement sur sa propre prestation.

La responsabilité de gagner ou perdre la partie revient, selon moi, à l'entraîneur. Par diverses décisions stratégiques, dans le casting des impros, dans le choix de jouer en premier ou en deuxième lors de comparées selon le contexte du moment, dans la gestion stratégique du temps au chrono et, bien sûr, dans la prédisposition mentale dans laquelle il ou elle sait placer son équipe.

Lors des matchs particulièrement réussis, le mot de la fin se résume souvent à cette constatation: «c'est l'impro qui en sort gagnante!». C'est la grâce qu'on se souhaite pour le reste de la saison.

 

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