L'élément compétitif
d'un tournoi d'improvisation donne toute la dimension ludique à ce jeu
phénoménal et c'est là tout le génie de la formule mais cet aspect du jeu
appartient au public et à lui seul. Car le public est souverain. Il fait et
défait les équipes au gré de sa fantaisie. Il lui arrive, quoique pas
systématiquement et en troisième période surtout, de voter non pas pour la
meilleure impro mais pour le point afin d'égaliser le score, en vue de profiter
d'une ultime impro supplémentaire. À ce moment là, les chiffres et statistiques
prennent une connotation tout à fait relative. Mais puisque cela vaut pour tout
le monde, l'équilibre se refait sur l'ensemble d'une saison.
Cependant on peut affirmer une chose: le public connaît
"sa game". À prestation égale, il optera pour le score. Advenant une performance
marquante des uns plutôt que des autres, il saura montrer sa reconnaissance.
C'est pour cela que je ne crains pas d'affirmer que, pour le joueur, le
principal adversaire n'est pas l'équipe d'en face mais bien le
public.
Hormis le côté sportif du jeu, l'aspect purement théâtral
demeure le seul qui résiste à l'usure du temps et qui s'inscrit dans la mémoire.
Le moment de création entre deux coups de sifflets est tout ce qui reste une
fois évaporé le contexte compétitif du moment. |
Il y a déjà eu une belle démonstration de ce phénomène, il
y a quelques années, lorsque Radio-Québec a produit l'émission L'impro en rappel
qui présentait, sous forme thématique, une sélection des meilleures
improvisations diffusées dans le cadre de La Soirée de l'Impro. Une fois isolées
du contexte de la joute, les improvisations prenaient toute la valeur de ce
qu'elles sont réellement : de petits moments de théâtre parfois savoureux.
Les "morceaux choisies" pour leur qualités intrinsèques d'écriture et de
théâtralité révélèrent une étonnante constatation : plusieurs
improvisations comparées perdantes s'avéraient plus pertinentes et plus
intéressantes que la contrepartie gagnante.
Cela illustre bien que, plus que le besoin de marquer le
point, la volonté de réussir une "belle" improvisation doit demeurer la
principale motivation des joueurs. Et pour ce faire, le focus doit être mis sur
l'interaction entre les acteurs en jeu et sur l'histoire qui se construit et non
pas uniquement sur sa propre prestation.
La responsabilité de gagner ou perdre la partie revient,
selon moi, à l'entraîneur. Par diverses décisions stratégiques, dans le casting
des impros, dans le choix de jouer en premier ou en deuxième lors de comparées
selon le contexte du moment, dans la gestion stratégique du temps au chrono et,
bien sûr, dans la prédisposition mentale dans laquelle il ou elle sait placer
son équipe.
Lors des matchs particulièrement réussis, le mot de la
fin se résume souvent à cette constatation: «c'est l'impro qui en sort
gagnante!». C'est la grâce qu'on se souhaite pour le reste de la saison.
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